LE SYNDROME DE LA PAGE BLANCHE

LE SYNDROME DE LA PAGE BLANCHE

Entre mythe et réalité

Nous nous sommes tous au moins une fois plaint que nous n’avions pas d’idée, que notre imagination nous faisait défaut ou que nous avions perdu l’inspiration, en justifiant ceci par la contraction d’un virus connu, répandu notamment dans les milieux  artistiques : le syndrome de la page blanche.

Au sens large, cela signifie que nous n’avons plus d’inspiration. Que notre esprit est devenu un puits noir et sans fond duquel on ne parvient pas à extraire la lumière. Cela fait également référence à une notion plus sérieuse, la leucosélophobie, qui est la peur (de l’artiste, ou de l’écrivain) de ne pas atteindre son objectif, d’être bloqué au cours du processus de création d’une oeuvre.

Cela dit, nous sommes en droit de nous questionner sur l’existence de ce blocage. Personnellement, je le vois un peu comme un phénomène paranormal : vous croyez avoir vu un fantôme pendant la nuit dans la cuisine et il s’avère qu’il faisait justement plus froid dans cette pièce que dans le reste de la maisonnette. Toutefois, vous n’avez peut-être pas remarqué que la fenêtre était ouverte, et rien ne peut prouver la justesse de ce que vous avez cru percevoir. En partant du même principe, le syndrome de la page blanche relève-t-il simplement de la croyance ou devrions-nous tout de même lui concéder une part de réalité ?

Les SOURCES de ce blocage

A priori, il est important de comprendre ce qui nuit à l’épanouissement de notre imagination. Plusieurs éléments entrent en ligne de mire, notamment la pression que l’on s’inflige à soi-même, la lassitude, la crainte de faire mal ou de ne pas être à la hauteur.

Dans le premier cas, on pourrait parler de perfectionnisme. Une personne peut avoir une idée très précise de ce qu’elle souhaite retranscrire dans son travail. Le fait de ne pas savoir comment obtenir les résultats escomptés, d’avoir une date limite de remise du projet et de ne pouvoir se satisfaire que de la perfection sont toutes des raisons susceptibles de paralyser la personne qui en est l’objet.

De même, si la situation stagne depuis un moment, on finit par déprécier ce qui a été réalisé jusqu’alors et ne plus avoir envie de poursuivre. La simple idée de devoir s’attarder sur le projet devenu un fardeau nous fait sortir de nos gonds. Seulement, parfois, ce n’est pas une option. Mais comment accomplir notre devoir tout en passant outre la lassitude qui nous envahit ?

Enfin, la crainte de ne pas obtenir de résultats satisfaisants s’avère également être un frein à notre créativité. Il s’agit souvent d’un manque de confiance en soi, de la peur du regard de l’autre ou du sentiment désagréable que nos capacités sont limitées. De ce fait, tout ce qu’on entreprend nous parait mauvais. La réussite nous semble hors de nos moyens, peu importe tous les efforts que l’on déploie. Or, l’échec terrifie certains d’entre nous et c’est ce qui fait que nous préférons à certains moments, consciemment ou non, persister dans notre inertie.

Si vous vous êtes reconnus dans un ou plusieurs des cas mentionnés ci-dessus, c’est que vous avez bel bien été victime du syndrome de la page blanche.

Cela dit, n’avez-vous pas l’impression que tout ce qui a été dit jusqu’à présent n’était finalement qu’une… énumération de prétextes ?

La panne d’inspiration : un PRÉTEXTE

Car avoir le syndrome de la page blanche, c’est un peu comme se retrouver en panne d’essence sur une aire d’autoroute. Du moins, nous le ressentons ainsi. Vous le savez, notre imagination ne partage pas vraiment les caractéristiques d’un véhicule. Elle n’est pas matérielle. Il n’existe pas de substance en mesure de la recharger.

Cela dit, si je devais tout de même donner une forme à la créativité, je lui attribuerai plutôt celle dont je l’ai affublée dans mon introduction : celle d’un puits. L’avantage de ce dernier est qu’il ne se trouve jamais à sec. Seulement, tirer sur la corde pour remonter le seau, toujours rempli à ras bord, demande parfois plus d’énergie que d’ordinaire. L’imagination, c’est l’eau qui se trouve au fond du puits. Votre inspiration, votre motivation et votre détermination, c’est la force que vous mettez dans vos bras pour tirer sur la corde. C’est à vous qu’appartient la décision de faire les efforts nécessaires pour remonter le seau jusqu’à vous.

Par exemple, préférer travailler le soir plutôt que le matin ne signifie par pour autant que votre cerveau ne fonctionne pas entre huit heures et midi. Cela signifie simplement que le fait que vous ne soyez pas bien réveillés tend à vous rendre la tâche plus laborieuse.

Votre état physique vous impacte. C’est également le cas de vos humeurs et de vos émotions. Plus haut, nous parlions de crainte et de lassitude. Le découragement, la colère, même ce sentiment qu’on appelle l’amour, sont tout aussi aptes à vous mettre des bâtons dans les roues. Ils vous écartent de vos objectifs, vous déconcentrent, en vous rendant davantage réceptifs à ce qui vous entoure. Encore une fois, c’est à vous qu’appartient la décision de vous laisser submerger par vos ressentis ou d’y résister.

De même, ne pas aimer ou ne pas connaître quelque chose sont des excuses toutes trouvées pour justifier notre incapacité à créer. « Je ne sais pas, je n’aime pas, donc je ne peux pas ». Cela peut vous sembler un peu abrupt énoncé ainsi, pourtant, c’est assez fréquent. Penser de cette façon sans avoir essayer ou en y mettant de la mauvaise foi ne donne aucun résultat. Il s’agit d’une approche passive du problème. Vous choisissez la facilité en déclarant directement forfait. Or, une fois de plus, c’est un choix.

Finalement, nous sommes le plus grand des obstacles à notre réussite.

Alors, certes, vous allez me dire combien c’est facile de pointer du doigt les prétextes que l’on se donne pour ne pas atteindre nos objectifs. Toutefois, ces difficultés existent cependant bel et bien. Reste à trouver un moyen d’atténuer leur emprise sur nous.

Quel REMÈDE ?

Vous vous en doutez : il n’existe pas de solution miracle. Tout réside dans votre capacité à travailler sur vous-même, à vous remettre en question, à établir une stratégie pour encourager votre cerveau à faire ce que vous attendez de lui. C’est un chemin riche en péripéties, qui vous permettra de réaliser pleinement et en toute conscience qu’avec de la patience et des efforts, tout devient possible.

Pour ce faire, la première chose à considérer est la manière dont vous vous percevez, vous. Vous connaissez-vous bien ? Quel est votre caractère ? Votre façon de penser ? Votre rapport aux autres ? Vos préférences ? Pouvez-vous prédire vos propres réactions en fonction des situations ? Pour ceux qui doutent, qui se questionnent beaucoup sur eux-mêmes, réfléchissez-y avec attention. Je vous suggère de vous référer à votre entourage, car nous apprenons en partie à nous connaître nous-mêmes à travers le regard d’autrui. En effet, les gens vous attribuent parfois des qualités ou des défauts que vous ne soupçonniez pas détenir auparavant, puis vous en font prendre conscience en vous exposant des exemples concrets. Cela dit, vous êtes les seuls à savoir ce que vous pensez et ce que vous ressentez. C’est à vous qu’il revient de comprendre comment et pourquoi vous réfléchissez et éprouvez les choses d’une certaine façon.

Une fois cette introspection bien avancée, que vous avez identifié vos besoins, ce qui vous nuit, vous pouvez commencer à établir une stratégie pour éviter ou mettre fin à ces pannes d’inspiration qui menacent votre inventivité, votre confiance en vous, vos ambitions.

1. Votre environnement

Votre environnement impacte votre créativité. Dans le cas où vous n’avez pas ou peu de contraintes à ce niveau-là, posez-vous la question suivante : l’endroit où vous avez l’habitude de travailler est-il réellement adéquat avec votre activité ? Vous pouvez vous y sentir mal à l’aise comme y être en proie à de longues périodes de distraction. 

Comme source de divertissement, nous avons le téléphone portable en haut du classement. Qui n’a jamais sorti son portable pour regarder l’heure avant de finir par répondre à cinq messages en attente sans jeter un coup d’oeil aux chiffres inscrits en haut de l’écran ? Le mieux, dans ce cas-ci, est de mettre votre appareil en mode avion, ou du moins en mode « ne pas déranger » afin de ne pas se laisser tenter par le signalement d’une nouvelle notification ou par la réception d’un message. Acheter une montre pourrait aussi s’avérer utile.

La musique est également un sujet dont on peut débattre. Beaucoup de personnes travaillent mieux dans un environnement où le silence règne. Cela étant, selon les sons que vous écoutez, vous pouvez également vous immerger totalement dans une bulle de concentration, de sorte que les nuisances sonores autour de vous ne puissent plus vous atteindre. Cela dépend de vous. 

Si vous préférez le silence et qu’il y a des travaux, la rocade ou un festival à proximité de chez vous, vous pouvez toujours trouver un endroit tranquille à l’extérieur de votre domicile, comme un coin d’ombre dans un parc ou la bibliothèque. Cela peut vous paraitre cliché, mais combien de gens y ont déjà pensé sans jamais pour autant passer à l’acte ? Si vous franchissez ce cap, sachez que ce sera déjà une petite victoire.

2. Chercher de l’inspiration ailleurs

Quand les idées ne vous viennent pas, rien de tel que de se mettre en quête de sources d’inspiration en faisant défiler les productions d’autres personnes ayant un rapport avec ce que vous êtes en train de créer. Une fois de plus, cela dépend de vous. Certaines personnes y puisent de la motivation, d’autres peuvent au contraire comparer leur talent à celui des individus dont ils apprécient le travail et se décourager. Si vous faites partie de la deuxième catégorie, cessez de penser ainsi. La seule personne à laquelle vous devez vous comparer, c’est vous-même. Cet exercice, qui consiste à regarder ce qu’autrui fait, vise à nourrir vos propres idées, à envisager des angles auxquels vous n’avez pas réfléchi auparavant.

En cas où vous devez écrire un article, un manuscrit, une chanson, etc., lisez, encore et encore. Si vous devez faire une illustration, une bande dessinée, une peinture, une sculpture, prenez le temps d’observer des travaux qui tournent autour de ces domaines. Tout artiste a besoin de références pour avancer. La créativité et l’innovation restent des combinaisons de concepts déjà existants, ne l’oubliez pas. Votre but est de faire des associations nouvelles qui fonctionnent. Ne craignez pas l’originalité.

3. Se référer à son entourage

N’hésitez pas à vous plaindre auprès de votre entourage et de vos proches que vous avez des soucis d’inspiration, que vous peinez à avancer dans votre projet. Parfois, ils peuvent avoir cet éclair de génie qui vous fait défaut et vous sortir du gouffre. Mon principal conseil ici, c’est de demander leur aide, d’écouter les propositions qui vous sont faites. Non pas superficiellement, mais en profondeur, dans la mesure du possible.

De plus, ils peuvent généralement vous informer si quelque chose cloche dans ce que vous avez entrepris jusqu’à présent, voire éviter des maladresses que vous ne vous serez jamais pardonné une fois que vous vous en seriez rendu compte.

Vous ne devez pas redouter l’opinion des autres. La plupart du temps, les gens sont bienveillants à l’égard de ceux qui choisissent de leur faire confiance en leur exposant leur travail. Ils relativiseront là où vous avez l’impression qu’il n’y a plus d’issue et, mine de rien, leur soutien vous donnera le sentiment que vous êtes moins seul.

CONCLUSION

Enfin, nous en revenons à la question de départ : le syndrome de la page blanche n’est-il qu’un mythe ? Vous l’aurez compris, il est faux de penser que nous sommes dans l’incapacité de produire, de créer, sous prétexte que nous n’avons pas d’idée, d’inspiration. Nous devons parfois nous y forcer. Cela dit, les difficultés, elles, sont bien réelles. Elles s’imposent à nous et nous permettent en quelque sorte de nous fortifier en nous poussant à chercher un moyen de les dépasser.

Ainsi, cet article vous a-t-il inspiré ? Avez-vous un autre point de vue sur la question ?


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